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Nov 08 2014

L’arnaque des « produits du terroir »

Camembert, melon charentais, huile d’olives… Vous aimez arpenter les marchés et choisir des produits du terroir. Mais voilà, certains de ces produits, malgré leurs appellations, n’ont rien d’artisanal et ne viennent pas forcément du lieu dit. Comment faire le tri et éviter les arnaques ? Découverte. 

1 – Un melon charentais « marocain » et du faux miel local

On le retrouve partout sur nos étals une fois l’été venu. Mais, malgré son nom, celui-ci ne vient pas toujours de France. Pas d’arnaque cependant : le melon de « Charente » est une variété de melons… et une appellation commerciale. 80 % des melons « charentais » sont aujourd’hui cultivés en Espagne, au Maroc, au Sénégal, voire même en Chine. 

Si vous êtes accroc aux produits nationaux, vérifiez sa provenance et préférez le melon du Haut-Poitou qui bénéficie d’une indication géographique protégée* (IGP). *

Quant au miel, ne vous laissez pas tenter par les « jolies étiquettes qui font bien locales » et vérifiez leur composition et leur origine. Il arrive régulièrement qu’il s’agisse de miel importé, de moins bonne qualité, auquel il est parfois ajouté des arômes artificiels, voire du sirop de glucose.

Pour être sûr, achetez-le directement chez les apiculteurs locaux.

* L’indication géographique protégée concerne les produits dont la production et/ou leur transformation sont liées au lieu, selon des conditions déterminées.

2 – Les herbes de Provence et l’huile d’olives

Les herbes de Provence parfument nos plats d’été. Mais, quand vous croyez sentir le sud de la France, il s’agit souvent d’un parfum provenant de Turquie, de Pologne, du Maghreb, voire de Chine. N’ayant pas été protégée à temps, l’appellation « herbes de Provence » est aujourd’hui un terme commercial, qui peut être utilisé par n’importe quel producteur.

Fiez vous à la couleur (le mélange doit être vert) et préférez les herbes de Provence Label rouge* qui attestent de leur origine et de leur qualité supérieure.

Quant à l’huile d’olive de Provence, les fraudes ne manquent pas. Nombreuses viennent d’Espagne, où elles y sont bien moins chères. Méfiance également sur la composition : certaines sont mélangées à d’autres huiles (tournesol, colza…).

Vérifiez que les étiquettes affichent une AOP ou AOC** qui confirment leur qualité et leur provenance, ou le logo Huile d’Olive de France***. Autre indice : fuyez les étals en plein soleil. Un producteur artisanal n’y exposera jamais ses bouteilles. La vraie huile d’olives y étant très sensible.

* Label rouge : ce sigle français s’applique à des produits qui, par leurs conditions de fabrication ou de production, ont un niveau de qualité supérieure.** L’appellation d’origine contrôlée (AOC) désigne un produit dont toutes les étapes de la fabrication sont réalisées selon un savoir-faire reconnu dans une même zone géographique. Son équivalent européen est l’AOP (appellation d’origine protégée).*** il s’agit d’un label créé par l’association française interprofessionnelle de l’olive, et garantissant des olives récoltées et pressées en France.

3 – Fromage et charcuterie, pas si simple

– Le camembert de Normandie : vous le croyez « bien de chez nous ». Et bien pas toujours ! Puisque le nom « camembert », tombé dans le domaine public, peut être utilisé par n’importe quel producteur et dans n’importe quel pays. Faites également bien la différence entre un « camembert de Normandie AOP* » et un « camembert fabriqué en Normandie ». Ce simple jeu de mots peut tout changer au niveau gustatif, puisque les derniers, même s’ils sont de Normandie, peuvent être assemblés avec du lait pasteurisé à la place du lait cru, subir un affinage moins long, et ne pas être moulé à la louche.

Pour vous y retrouver : fiez-vous à la composition, et à la provenance.

– La charcuterie corse : victime de son succès, elle est de plus en plus copiée. Quant au saucisson d’âne, cela reste un attrape-nigaud. Oubliez les têtes de Maure et les mentions « produit de l’île de Beauté » qui n’ont aucune valeur d’origine. Préférez des produits labellisés AOC* comme la coppa, le lonzo et le prisuttu**. Autre indice : des traces de moisissure sont la preuve que la viande a reçu un affinage long et de qualité.

* L’appellation d’origine contrôlée (AOC) désigne un produit dont toutes les étapes de la fabrication sont réalisées selon un savoir-faire reconnu dans une même zone géographique. Son équivalent européen est l’AOP (appellation d’origine protégée).** un jambon sec

4 – Du côté des objets locaux

– Les nappes provençales dans les tons orangés, jaunes et ocres aux motifs du sud ne viennent souvent pas de Provence. Idem du côté des couteaux Laguiole qui viennent principalement d’Asie et du Pakistan.

Pas d’arnaque cependant car la nappe comme les couteaux correspondent à un style, des couleurs, des motifs, des symboles mais en aucun cas à des caractéristiques particulières d’une marque. Les « fabricants historiques » n’ayant jamais déposé leur savoir-faire à l’INPI*. Si vous préférez des produits nationaux, fiez-vous aux mentions d’origine ou rendez-vous directement dans la commune de Laguiole pour les couteaux.

 

– Il existe également des copies du célèbre savon de Marseille, fabriqué en nombre par les Chinois et les Turcs. Pour reconnaître le « vrai », vous devez le trouver sous forme de cube, de couleur blanche ou brun-vert, au parfum assez neutre. Vérifiez également s’il présente une IGP** et fiez vous aux logos d’une des savonneries officielles comme Marius Fabre ou Rampal Latour.

* l’institut national de la propriété intellectuelle * L’indication géographique protégée concerne les produits dont la production et/ou leur transformation sont liées au lieu